
Dans les couloirs de l'hôpital, je marchais, toute affolée. Assia qui était à mes côtés avait l'air autant perdue que je ne l'étais.
Mon mari...non...il ne peux pas me laisser...
L'infirmière que nous suivions s'était arrêtée devant une salle où le mot Morgue était inscrit.
Assia et moi on s'est regardé, les yeux remplis de larmes.
L'infirmière a ouvert la porte et nous a demandé de la suivre. Il faisait froid à l'intérieur. Plusieurs corps recouverts d'un drap blanc remplissaient la pièce, cela me faisait froid dans le dos.
- Voici les corps, vous devez vérifier si l'un d'eux est celui de votre mari, déclara l'infirmière.
Mes mains tremblaient affreusement.
Avec Assia, je me suis avancée vers le premier. D'une main mal assurée, j'ai attrapé le coin du drap et je l'ai lentement soulevé.
Ce n'était pas Isayah.
- Ce n'est pas lui ...
- Veuillez continuer s'il vous plaît, me dit l'infirmière.
Le calvaire continuait.
Aucun de ces cadavres n'était celui d'Isayah sauf qu'il en restait un, le dernier.
En attrapant le coin du drap, j'ai vu toute ma vie défiler.
Mon coeur battait à un rythme si effréné que j'ai cru avoir un malaise. J'avais peur de découvrir ce qui se cachait là-dessous.
D'un coup sec, j'ai soulevé le drap et...
- Ce n'est pas lui ! Madame ce n'est pas mon mari !, m'exclamais-je soulagée.
- Je ne comprend pas...
- Ce n'est pas mon frère madame, répliqua Assia, Qu'est-ce que vous ne comprenez pas ? Où se trouve mon frère ?
- Les personnes qui ont survécu à l'accident ont été envoyées dans un autre hôpital...
Nous nous sommes dirigées vers cet hôpital la boule au ventre car certes Isayah n'était pas mort cependant on ignorait dans quel état il se trouvait.
À l'accueil, nous avons belle et bien essayé de savoir s'il était là mais il n'y avait aucun moyen de l'identifier. On nous a demandé de patienter.
***
- Ça deux heures qu'on attend ! Ils se foutent de nous ou quoi ?
- Sheyda calme-toi...
- Non ! La plupart des gens qui étaient là savent maintenant où se trouve leur proche sauf nous et tu trouves ça normal...
À ce moment j'étais clairement sur les nerfs. Personne n'était fichue de nous donner des informations et cela me mettait hors de moi.
Lorsque je me suis rendue à l'accueil pour me plaindre, un médecin sortit au même instant du bloc opératoire.
- Le patient a été transféré en soins intensifs, dit-il à la dame de l'accueil.
- Docteur...je cherche mon mari. Il a été transféré ici à la suite de l'accident. Vous pouvez m'aider s'il vous plaît ?
- Le problème c'est que nous n'avons aucun moyen d'identifier les patients pour le moment...
- Je peux vous montrer une photo de lui, peut-être que vous l'avez vu.
J'ai sorti mon téléphone et je lui ai montré une photo d'Isayah. Il a froncé les sourcils et s'est mis à me fixer bizarrement.
- Quoi ? Vous l'avez vu ?
- C'est le patient que je viens d'opérer...
- Vous êtes sérieux ? Il va bien ?
Il est resté silencieux de longues secondes. J'étais véritablement sur le point de m'écrouler.
- Docteur dites-nous s'il vous plaît. Comment va mon frère, insista Assia.
- Et bien, le patient a subi de nombreuses fractures dont une au bassin, l'un de ses reins a été perforé et il a également une commotion cérébrale. Pour le moment le pronostic vital n'est pas engagé mais il est dans un état critique.
J'avais l'impression de recevoir des coups à chaque mots qu'il prononçait. J'étais perdue, vraiment perdue.
Le docteur nous avait autorisé à le voir.
En entrant dans sa chambre, je l'ai vu branché à toutes ses machines. Son visage était pâle et livide, presque mort. Son sourire qui me faisait tant de bien n'était plus là. C'est à ce moment que je me suis effondrée.
Je pleurais de toutes mes forces, j'avais tellement mal au coeur.
- Sheyda arrêtes s'il te plaît, ne te mets pas dans cet état. Tu es plus forte que ça...
- Assia...comment je...je fais sans lui...
- Il va se rétablir Sheyda, garde la foi...
Garde la foi...
C'est cette phrase qui a réussi à me calmer. C'est vrai qu'il était dans un piteux état mais au moins il était toujours en vie et c'était bien ça l'essentiel.
***
Le soleil commençait à se lever. Nous étions restées à son chevet pendant toute la nuit et je m'étais un peu assoupie.
- Sheyda viens on va rentrer, on reviendra plus tard...
- Non, je vais rester et toi tu peux partir.
- Tu ne pourras rien pour lui si tu t'écroules de fatigue. Tes enfants ont aussi besoin de toi. On reviendra plus tard...
J'ai pensé à mes bébés et finalement j'ai obtempéré. J'avais besoin de prendre une bonne douche et de me changer.
Arrivée à la maison, je suis directement partie dans la chambre des triplés et effectivement ils étaient en train de pleurer.
Je les ai allaité et donné leur bain. Ensuite je me suis occupé de Yunus.
- J'ai appelé papa pour le prévenir, il a dit qu'il allait directement se rendre à l'hôpital.
- Hum...
Nous sommes ressorties de la maison aux alentours de 12 heures. J'ai préparé un sac pour les enfants vu que je comptais les laisser chez khalti pendant la journée. Je ne veux surtout pas qu'ils mettent les pieds à l'hôpital.
***
- N'oublie pas que je suis là pour toi...
- Merci beaucoup khalti, je passerai prendre les enfants ce soir.
- Insha'Allah. Prends soin de ton mari.
Après avoir déposé les enfants chez khalti, Assia et moi sommes directement allées à l'hôpital.
Mon beau-père n'était pas encore là vu qu'il s'était rendu à Pessac pour une conférence.
Nous étions donc assises sur le canapé qui se trouvait dans la chambre lorsque la porte s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître tante Aïda et tante Zahra qui était derrière elle.
- Mon fils qu'est-ce qui t'est arrivé ? Qui t'a apporté cette malchance ?!, s'écria tante Aïda.
Elle hurlait, elle pleurait...
Tante Zahra, après nous avoir serré dans ses bras, est partie calmer sa sœur en lui rappelant qu'on n'était dans un hôpital et pas dans un marché.
Tante Aïda s'est ressaisie et d'un coup, elle a tourné sa tête dans ma direction et m'a lancé un regard qui m'a horrifié.
- Toi ! Sale sorcière tout ça c'est de ta faute ! Tu as apporté la malchance dans la vie d'Isayah ! Tu as gâché sa vie !
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CHAPITRE 50
- Aïda ! Qu'est-ce que tu dis là ?, s'exclama Tante Zahra.
- Je ne dis que la stricte vérité Zahra ! Depuis que cette fille est entrée dans la vie d'Isayah, rien ne va plus...
Comment vous dire que ces paroles me passaient au-dessus de la tête ?
Je n'en avais que faire de son charabia mais à un moment, elle a dit une chose qui m'a mise hors de moi.
- La plus grosse erreur d'Isayah a été d'épouser une femme comme toi et d'accepter les enfants d'un autre homme, a-t-elle dit.
Je me suis levée d'un bond et je me suis mise face à elle. Assia était derrière moi et elle me chuchotait de ne surtout pas lui répondre parceque c'étais notre aînée.
Je ressemble à un chien moi ?
Sûrement pas...
- La plus grande malchance d'Isayah est de vous avoir comme tante alors ne venez surtout pas me pointer du doigt pour telle ou telle chose....
- Vous voyez ? Elle ose me parler ainsi alors que je suis la tante de son mari, s'écria-t-elle.
- Tante Aïda,je considère que le respect ne se demande pas mais il se mérite. Vous ne m'avez pas donné de raison de vous respecter toutefois je vous respecte quand même parceque vous êtes comme une mère pour mon époux. Sachez juste que le jour où vous dépasserez les limites avec moi, j'en ferais de même avec vous...
Je suis sortie de la salle et je me suis mise à marcher dans les couloirs pour faire disparaître ma colère.
Déjà j'étais attristée et angoissée par l'état dans lequel se trouvait mon mari et maintenant je bouillonne de colère à cause de cette satanée femme. Non mais elle se prend pour qui ?
- Tu n'aurais pas dû lui répondre !, déclara une voix derrière moi.
En me retournant, je tombe sur Assia.
- Vraiment ? Et tu voulais que je fasse quoi ? Que je la laisse me manquer de respect de cette manière ? Je ne suis la chienne de personne et sûrement pas celle de tante Aïda...
- Maintenant elle va vraiment trouver un prétexte pour te détester.
- Elle me déteste déjà Assia et ça ne date pas d'aujourd'hui...
***
Il était environ 22h...
Nous étions rentrés à la maison parceque les heures de visites étaient terminées.
Mon beau-père était rentré aussi. Il a été complètement anéanti en voyant l'état dans lequel se trouvait Isayah.
Dans la cuisine, je m'activais à terminer le dîner avec l'aide d'Assia.
- Je vais aller mettre la table...
- Non attends ! Laisse-moi mettre la table et toi tu vas prévenir les autres que le dîner est prêt, lui dis-je.
- D'accord...
J'ai sorti les couverts et j'ai tout déposé sur la table.
Plus tard, Assia est revenue accompagnée de Taraji et de Tante Zahra.
- Tante Aïda a dit qu'elle ne voulait pas manger la nourriture que tu as cuisiné...
Qu'elle meurt de faim alors !
- Et ton père ?
- Il a dit qu'il n'avait pas faim ...
Le pauvre, je suis sûre que le chagrin a eu raison de lui.
J'ai pris un plateau dans lequel j'ai mis une assiette de ce que j'avais cuisiné avant de le lui apporter.
Sa chambre était plongé dans l'obscurité et j'ai failli trébucher en cherchant l'interrupteur.
- Baba...
Il était assis sur son canapé, le regard fixé dans le vide.
- Baba pourquoi vous vous faites du mal comme ça ? Isayah n'aurait pas aimé vous voir dans cet état.
- Sa mère m'avait demandé de prendre soin des enfants avant de mourir d'ailleurs c'est la dernière chose qu'elle a dite. Je n'ai pas été à la hauteur...
- Non ne dites pas ça ! Ce n'est pas de votre faute. C'est juste la décision d'Allah mais je suis sûre qu'Isayah ira mieux. Il faut garder la foi...
- Isayah a eu raison de t'épouser Sheyda, tu es une femme incroyable, dit-il en m'embrassant sur le front.
- Vous devez manger maintenant...
J'ai eu du mal à m'endormir après cette journée forte en émotion. Je donne l'impression d'être forte mais qu'est-ce que je souffre de son absence !
Il était mon protecteur, mon ami et mon conjoint. Mes journées sont drôlement vides sans lui.
***
Deux jours plus tard...
Assia et moi étions à l'hôpital comme d'habitude et j'étais en train de terminer ma prière. Je faisais aussi énormément de duas pour qu'Isayah se réveille et qu'il aille mieux.
Après avoir terminé, je suis partie m'asseoir près de lui et je lui ai tenu la main. Je lui caressait la barbe en lui racontant tout et n'importe quoi. Comme on dit, les personnes dans le coma entendent tout ce qu'on dit.
À un moment, j'ai senti ses doigts bouger. Je me suis dite que c'était très certainement mon imagination.
Le moment d'après, c'était sa main que j'avais senti bouger dans la mienne et cette fois là, c'était bien réel.
- Assia ! Assia ! Il a bougé sa main...
- Hum...
Elle s'était endormie sur le canapé.
J'ai couru vers elle et je l'ai secoué.
- Il a bougé ! Assia...
- Qui ?
- Isayah ! Il a bougé la main !
- Jure ? C'est vrai ?
- Mais oui ! Appelle le médecin.
Elle est sortie appelée le médecin tandis que moi je suis retournée près d'Isayah.
- Omri tu m'entends ? C'est moi Sheyda. Ouvre les yeux s'il te plaît...
Je voyais ses paupières trembloter légèrement. Je sentais bien qu'il était en train de se battre pour ouvrir les yeux donc j'ai continué à lui parler et d'un coup, il a ouvert les yeux.
Je ne saurais expliquer l'explosion de joie qui m'a submergée à cet instant. Mes larmes coulaient d'elles-mêmes.
- Omri tu as réussi ! Tu as ouvert les yeux...
Il était en train de m'observer bizarrement lorsque le médecin est arrivé. Il s'est dirigé vers lui et l'a examiné.
- D...de...l...l'eau..., marmonna-t-il.
J'ai pris un verre d'eau et l'ai aidé à boire.
- Ses constantes sont stables, tout à l'air en ordre pour le moment, affirma le médecin.
- Omri t'entends ? Tout est en ordre !, répliquais-je en le serrant dans mes bras.
Il m'a lentement repoussé en continuant de me fixer étrangement.
- Qui...qui êtes-vous ?, me questionna-t-il.
Je suis bien redescendue de mon nuage après cette question.
- Je...je suis Sheyda Omri, ta femme...
- Ma femme ? Mais...je ne suis pas marié...
J'ai regardé le médecin.
- Docteur qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi il ne se souvient pas de moi ?
- Et bien ce genre de cas est assez fréquent après un accident de ce type. Certains patients sont victimes d'amnésie...
- Quoi ? Mais...
- Il faut qu'on lui fasse un scanner pour vérifier la partie de son cerveau qui a été touchée...
Les infirmiers sont venus l'emmener pour qu'il fasse un scanner.
Assia a prévenu son père et ses tantes qu'Isayah s'était réveillé. Ils sont en chemin.
Pendant ce temps là, moi, j'étais assise dans mon coin en essayant de me convaincre que tout cela n'était pas réel. Ce n'était qu'un cauchemar et rien de plus...
***
- Au vue du scanner, il semblerait effectivement qu'une partie de son cerveau a été touchée, déclara le médecin.
Isayah a oublié tout ce qui s'est passé au cours des sept derniers mois de sa vie ce qui signifie qu'il a aussi oublié ce qui avait un rapport avec moi.
- Est-ce qu'il va bientôt retrouver la mémoire ?, demanda mon beau-père.
- En général, ça ne dure que qu'un ou deux mois, tout dépend de la personne.
- L'essentiel c'est qu'il aille bien, tout le reste n'a pas d'importance, ajouta tante Aïda en me lançant un petit regard en coin.
- Isayah tu ne me reconnais vraiment pas ? Je suis ta femme...
- Je ne suis pas marié..., avait-il répondu.
Je suis juste sortie de la chambre et de l'hôpital, le cœur étranglé par la tristesse en me dirigeant chez khalti.

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